L’automne de mes 12 ans

L’automne de mes 12 ans a changé de quelques degrés ce que je deviendrai dans le futur.

J’étais dans un appartement avec ma meilleure amie. Son père était parti faire des commissions. Nous étions assises sur le divan en regardant un film. Elle s’est tournée vers moi, s’est rapprochée lentement, pour ensuite me donner un baiser sur la joue. Mon cœur a chatouillé, mon ventre était rempli de papillons, mes pensées étaient paralysées. Je me suis tournée vers elle et j’ai dit : « Moi aussi. »

Le lendemain matin, main dans la main, nous marchions avec confiance dans les corridors qui comptaient des centaines et des centaines de casiers. Elle m’aide à sortir mes cartables et m’accompagne jusqu’à ma salle de classe.

À la première récréation de la journée, il y avait déjà des regards, des chuchotements, des rires, des doigts qui nous pointaient. J’ai entendu pour la première fois de ma vie le mot « lesbienne », accompagnée de « sorcière », « bizarre », « loser », « reject ». Je n’y comprenais rien. J’étais une personne qui aimait une autre personne.

C’est ainsi que l’intimidation a commencé. Cinq années d’enfer à l’école secondaire : insultes, moqueries, menaces, vandalisme, poussage, jambettes, couper mes cheveux, me lancer des œufs, me suivre jusqu’à la maison, etc., etc., etc. Une chance qu’il n’y avait pas Facebook dans mon temps.

Pour me protéger, j’ai fréquenté des garçons. Des garçons qui me maltraitaient de toutes les formes d’abus, mais au moins je n’étais plus « la lesbienne ». J’ai alors compris mon rôle de femme. Je dois être belle, intéressée, silencieuse, petite. Je dois aimer l’homme et me soumettre à l’homme. Je dois être ce que je ne suis pas.

Des années de tentatives de suicide, de relations abusives, d’abus d’alcool et de pilules m’ont fait oublié que j’avais une attirance envers des femmes. L’automne de mes 12 ans avait été effacé de ma mémoire. Mais presque 10 ans plus tard, je me retrouve de nouveau en amour avec une femme. Une vague de peur, de honte, de choc, de déni me bouleverse. Je dois faire une décision. Vivre ma vie ou vivre la vie de ce que la société s’attend de moi.

Aujourd’hui, c’est l’hiver de mes 29 ans. Je suis femme, je suis pansexuelle. Je suis aussi canadienne, québécoise, vietnamienne, gauchère, activiste, danseuse, travailleuse sociale, bénévole, artiste. Je suis colère et je suis amour. Je suis dépression, anxiété, mais je suis aussi bonheur, paix et inspiration.

Je suis tout et je ne suis rien. Je suis parfaite et imparfaite. Et j’en suis fière.

Chantal Thanh Laplante

***

Chantal Thanh Laplante est travailleuse sociale au Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour. Elle siège également sur le conseil d’administration de Rivière de la fierté du Grand Moncton. La violence conjugale/familiale/sexuelle, la discrimination de la communauté LGBTQ et le mouvement pro-choix sont parmi les causes qui lui tiennent énormément à cœur.

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