On n’est pas née autonome

La première autonomie que les femmes, pour ne parler que d’elles, ont à conquérir est celle de la pensée. Née dans un monde qui a des idées fixes sur ce que sont les filles et ce que font les femmes, elles ont à repousser les limites qu’on veut lui imposer, … et à désapprendre ces limites si facilement intériorisées.

L’autonomie de son corps est aussi à gagner : elle apprend tôt que la société et la plupart des gens autour d’elle ont des opinions sur ce qu’elle devrait ressembler, ce qu’elle devrait porter, si elle devrait coucher, si elle peut avorter, si elle devrait avoir des enfants, comment elle devrait accoucher…

L’autonomie économique – c’est-à-dire l’atteinte d’une situation financière stable qui lui permet de rencontrer ses propres besoins de base – dépend de ces autres aspects de l’autonomie. Mais rappelons-nous également que personne n’est « autonome ».  Citoyennes, nous dépendons de la solidarité de notre société, de la souciance de notre gouvernement pour nos besoins : les routes et les ponts, le logement abordable, les normes du travail, le système de santé et d’éducation, les régimes de pension.

Penses à ce que serait notre autonomie si, comme citoyennes, nous pouvions compter sur des garderies gratuites de qualité, une garantie d’équité salariale, la non-violence chez nous, dans la rue et au travail…

Ces dernières décennies, on a vu des changements dramatiques dans la condition féminine, grâce au mouvement féministe. Les femmes ont une plus grande autonomie.

Penses à notre niveau d’instruction et de participation sur le marché du travail, nos droits.

Mais ce sont les femmes qui ont changé, et si peu la société, les systèmes, les politiques, les façons de faire.

Aurions-nous fait qu’ajouter une journée de 8 heures à notre journée de travail ?  Se peut-il que notre plus grande contribution à l’économie demeure à ce jour notre travail non rémunéré ? Avons-nous fait autre qu’intégrer – un peu -l’économie du marché sans changer les règles ?

Parlons enfin de l’autonomie économique des femmes :

Le revenu des femmes provenant de toutes sources correspond à 67 pourcent du revenu des hommes (23 240 $ contre 34 850 $, NB, 2012)

Les Néo-brunswickoises qui ont un salaire gagnent 11,4 pourcent moins que les hommes (2013).

14 700 Néo-brunswickoises gagnent le salaire minimum – 9,2 pourcent de toutes les employées.

9 900 hommes, 6,5 pourcent des employés, gagnent ce salaire.

35 pourcent des familles canadiennes ayant une femme à leur tête sont pauvres (80% des familles monoparentales ont une femme à leur tête). 21 pourcent ayant un homme à leur tête sont pauvres.

L’autonomie financière des femmes a certainement bénéficié de la poussée féministe – les gains sont importants, … et incomplets. Mais ce que revendiquait le mouvement féministe était tout autant la reconnaissance de la contribution des familles, que le travail de reproduction est aussi important que le travail de production, que l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Cette partie de l’équation n’a à peu près pas été traitée, et sans ça, nous n’avons que gagné le droit de vivre une carrière d’homme.

À vous.

***
Rosella Melanson, de Fredericton, est blogueuse, activiste et retraitée. Elle a été à l’emploi du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick. Elle a une formation en travail social, en journalisme et en technologie de l’information

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