Mon corps, mon choix ; son corps, son choix !

Lors de la campagne électorale provinciale de 2014, le Parti libéral s’est engagé à identifier tous les obstacles qui entravent le droit au choix en matière de reproduction et à les éliminer. Peu de temps après son élection, un pas fut fait dans la bonne direction avec l’abrogation du règlement 84-20 afin d’abolir l’exigence d’obtenir l’avis de deux médecins avant d’avoir accès à l’avortement dans un hôpital. Toutefois, le gouvernement doit reconnaître qu’il existe toujours de nombreux obstacles limitant le choix à cet égard. D’ailleurs, lors de l’annonce de ce premier changement, on avait mentionné d’autres obstacles ayant été identifiés, soit « l’accès au service en temps opportun; la disponibilité de renseignements exacts qui ne portent aucun jugement; et la capacité du système à offrir le service. »[1] Pourtant, à l’heure actuelle, seulement trois hôpitaux (deux francophones et un anglophone) situés dans deux régions (Bathurst et Moncton) offrent gratuitement un service d’avortement. Considérant les coûts associés au déplacement vers les points de service et la rareté du transport collectif interrégional, il y a fort à parier que l’accès demeure très limité, voire absent, pour plusieurs personnes vivant en milieu rural ou ayant des moyens financiers restreints.

De plus, avec l’approbation de la pilule abortive RU-486 par Santé Canada, l’exigence que l’avortement soit pratiqué en milieu hospitalier afin d’être gratuit, toujours imposée par le règlement 84-20, devient d’autant plus problématique. Cette nouvelle méthode d’avortement, moins invasive que l’avortement chirurgical, pourrait être administrée dans les bureaux de médecin et dans les cliniques publiques, mais les frais associés à cet avortement médical ne pourront être remboursés en raison de la contrainte de lieu imposée par le règlement actuel. La disponibilité de la pilule abortive RU-486 pourrait pourtant constituer un moyen peu couteux d’améliorer significativement l’accès au choix en matière de droits reproductifs pour la population néobrunswickoise.

Il est grand temps de dépolitiser l’avortement et de valoriser le choix et la santé des femmes et des hommes trans, aussi porteurs d’utérus. En effet, bien qu’on parle constamment de l’accès au choix pour les femmes dans le cadre d’une grossesse non désirée, il ne faut pas oublier que les hommes trans, les personnes queers, agenres ou intersexes peuvent également se retrouver dans cette situation. En fait, on devrait parler d’accès au choix pour les « porteurs d’utérus », même si ce vocable peut surprendre de prime abord.

En terminant, il m’apparaît essentiel d’apporter quelques clarifications quant à la terminologie utilisée dans les discussions concernant les services d’avortement. Bien que les groupes et les personnes s’opposant à l’avortement s’identifient comme « pro-vie », l’utilisation de ce terme peut être critiquée. En fait, celui-ci sous-entend que toute personne qui défend l’accès à ce choix seraient « anti-vie », alors que c’est tout à fait faux. En fait, si on fait abstraction de l’association de ce terme avec le mouvement d’opposition à l’avortement, qui n’est pour la vie et donc, pro-vie ? Bien peu de gens, conviendrez-vous. En fait, il serait beaucoup plus juste de parler de groupes « anti-avortement » ou « anti-choix ». Car il s’agit bien de cela, d’un refus de laisser choisir la personne concernée, celle qui est enceinte. Et non, les groupes et personnes qui défendent l’accès à l’avortement ne sont pas plus « pro-avortement » que « pro-grossesse » ou « pro-adoption ». Elles sont tout simplement « pro-choix » ! Une personne peut très bien vivre une grossesse non-désirée et ne pas choisir l’avortement, mais être tout de même pro-choix. C’est simple : mon corps, mon choix ; son corps, son choix !

Sylvie Morin
Professeure adjointe de psychologie, Université de Moncton, campus d’Edmundston
Présidente du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

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Originaire de la région d’Edmundston, Sylvie Morin est professeure adjointe de psychologie à l’Université de Moncton, campus d’Edmundston depuis 2009. Elle y enseigne divers cours de psychologie sociale et de développement de l’enfant. Dans ses recherches, elle s’intéresse à la santé des femmes, à la parentalité, aux rôles de genre, ainsi qu’au placement de l’enfant en famille d’accueil et consentement sexuel. Présidente du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick depuis 2012, elle a présidé le comité organisateur du Sommet des femmes 2014 qui a eu lieu à Edmundston dans le cadre du Congrès mondial acadien. Présentement, elle est conseillère en recherche pour le projet « Améliorer l’accessibilité des services communautaires d’intervention et de prévention en matière de violence sexuelle contre les femmes et les filles », parrainé par l’Escale Madavic. Elle fait aussi partie du comité Égalité de l’UMCE. 

Référence
[1] Radio-Canada (26 novembre 2014). Le Nouveau-Brunswick facilite l’accès à l’avortement. http://ici.radio-canada.ca/regions/atlantique/2014/11/26/005-politique-avortement-nouveau-brunswick.shtml

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